Où placer un répéteur Wi-Fi pour qu’il serve à quelque chose

Un répéteur ne fabrique pas de signal, il rediffuse celui qu’il capte, défauts compris. Vous trouverez ici les seuils en dBm à viser à l’emplacement du répéteur, le coût en décibels de chaque type de paroi, les interférences domestiques qui comptent vraiment et celles qui relèvent de la légende, plus une méthode de relevé pour choisir la prise. Les cas où aucun emplacement ne conviendra sont traités aussi.

Un répéteur ne crée pas de signal, il recopie ce qu’il reçoit

Un répéteur capte le réseau de la box, décode ce qu’il reçoit, puis le réémet. Rien dans cette chaîne ne reconstitue l’information perdue en route : si le signal qui lui parvient est déjà dégradé, ce qu’il rediffuse l’est tout autant, avec en plus le délai du relais. D’où l’installation la plus répandue, et la moins utile : brancher l’appareil dans la pièce où la connexion passe mal, à l’endroit précis où il n’a presque plus rien à relayer.

La puissance d’émission n’est pas non plus une variable d’ajustement. En France, la bande 2,4 GHz est plafonnée à 100 mW de puissance isotrope rayonnée équivalente, et la sous-bande 5150-5350 MHz à 200 mW en usage intérieur. Un répéteur est soumis aux mêmes plafonds que la box : il n’émet pas plus fort, il émet de plus près.

Lire une mesure en dBm

La puissance reçue s’exprime en dBm, sur une échelle négative et logarithmique : plus la valeur est proche de zéro, plus le signal est fort. Trois décibels de perte divisent la puissance par deux, dix décibels la divisent par dix.

  • De -30 à -50 dBm : les débits les plus élevés sont accessibles.
  • De -50 à -60 dBm : marge confortable pour la vidéo et la visioconférence.
  • -67 dBm : seuil habituellement retenu pour la voix sur IP et la vidéo. En dessous, le débit décroche vite.
  • -70 dBm : messagerie et navigation encore possibles, débit réduit.
  • Sous -80 dBm : reconnexions à répétition, liaison inexploitable.

Un second indicateur pèse autant : le rapport signal sur bruit, écart entre signal utile et bruit ambiant. Dans un logement calme, le plancher de bruit se situe vers -90 à -95 dBm. On vise au moins 20 dB d’écart pour des données, 25 dB pour de la voix. Un relevé à -65 dBm dans un immeuble saturé de réseaux voisins vaut donc moins qu’un relevé à -70 dBm dans une maison isolée.

Petit boîtier répéteur Wi-Fi blanc branché sur une prise murale basse dans un couloir clair
Sur une prise de ce type, l’appareil se retrouve sous le niveau des équipements qu’il doit couvrir.

La règle de la mi-distance, et ce qu’elle cache

La règle usuelle consiste à placer le répéteur à mi-chemin entre la box et la zone à couvrir. Elle donne un point de départ, pas une réponse. Le vrai critère est la mesure relevée à l’emplacement envisagé : il faut y capter le réseau de la box entre -55 et -65 dBm. Au-delà de -70 dBm, le répéteur passera l’essentiel de son temps à retransmettre des trames perdues.

En espace libre, la puissance reçue perd 6 dB chaque fois que la distance double. Dans un logement, ce n’est pourtant pas la distance qui domine, ce sont les obstacles : deux murs porteurs coûtent bien plus cher que quinze mètres de couloir dégagé. Si la box est séparée de la zone morte par une seule cloison suivie d’un long dégagement, l’emplacement utile se trouve juste après la cloison, pas au milieu du salon.

Le prix à payer : le débit divisé

Un répéteur mono-radio ne peut pas recevoir et émettre au même instant sur le même canal. Il alterne, ce qui divise par deux le débit disponible dans la zone étendue, avant même les pertes de propagation. Les modèles bibande qui réservent une bande à la liaison avec la box réduisent cette pénalité sans l’annuler.

Les chiffres des emballages ne sont pas des débits utiles. Une liaison Wi-Fi 6 à deux flux spatiaux sur un canal de 80 MHz culmine à 1201 Mbit/s de débit physique, dont il reste 60 à 70 % après en-têtes et acquittements. Sur 20 MHz, ce débit physique tombe vers 287 Mbit/s, soit 160 à 200 Mbit/s réellement transportés. Aucun emplacement ne relève ces plafonds : un bon placement évite seulement les modulations les plus lentes.

Ce que le signal traverse et ce qu’il contourne

Chaque obstacle prélève sa part. Les valeurs ci-dessous sont des fourchettes : épaisseur, humidité et angle d’incidence font varier le résultat.

Obstacle Perte à 2,4 GHz Perte à 5 GHz
Cloison en plaques de plâtre 3 à 6 dB 5 à 10 dB
Cloison sur ossature métallique 6 à 10 dB 10 à 20 dB
Vitrage simple 2 à 4 dB 4 à 7 dB
Vitrage à couche métallique, miroir 10 à 30 dB 20 à 40 dB
Mur de brique de 24 cm 12 à 15 dB 20 à 25 dB
Mur de béton de 10 cm 12 à 25 dB 26 à 30 dB
Dalle de béton armé 25 à 30 dB plus de 50 dB
Porte métallique, tableau électrique 20 à 30 dB 25 à 35 dB

La colonne de droite explique beaucoup de déceptions : à trajet identique, la bande 5 GHz subit déjà 6 dB de perte supplémentaire, avant même le surcoût lié aux matériaux. Trois cas méritent d’être isolés. Un miroir n’est pas du verre : c’est une couche métallique déposée sur une plaque, donc un réflecteur qui renvoie le signal au lieu de le laisser passer, tout comme les vitrages à isolation renforcée. Un aquarium est un volume d’eau, diélectrique à pertes qui absorbe l’énergie radio à ces fréquences : un grand bac se comporte comme un mur épais. Les structures métalliques diffuses, enfin, ne se voient pas : trame d’un plancher chauffant, ossature d’un faux plafond, gaines techniques. Quand un relevé chute de 20 dB sur un mètre sans obstacle apparent, la cause est de ce type.

Hauteur, orientation, et ce qu’il y a autour de la prise

Les antennes internes d’un répéteur rayonnent selon un tore : le maximum part sur les côtés, le minimum juste au-dessus et juste en dessous. Un appareil posé au sol arrose donc surtout le plancher. Une hauteur de 1 à 2 mètres place l’essentiel du rayonnement dans le volume occupé.

Le problème pratique tient aux prises murales, souvent basses et mal situées : derrière un meuble, dans un angle de couloir, contre le réfrigérateur ou le tableau électrique. Une rallonge courte qui remonte le répéteur d’un mètre et l’écarte du mur modifie davantage la mesure qu’un changement d’appareil. L’angle compte aussi : une onde qui traverse une cloison en biais parcourt bien plus de matière qu’en incidence perpendiculaire, si bien qu’aligner le trajet sur une porte ouverte fait parfois gagner 5 à 10 dB.

Grand miroir mural sans cadre dans une entrée claire, reflet d'une porte et d'un mur
Vue de la radio, une glace de deux mètres carrés équivaut à une plaque métallique de même surface posée sur la cloison.

Les interférences domestiques, les vraies et les supposées

Le four à micro-ondes chauffe à 2450 MHz, au milieu de la bande 2,4 GHz, à peu près sur le canal 9. Les fuites d’un appareil en fonctionnement suffisent à saturer ce canal pendant la cuisson. L’effet est réel, limité à la bande 2,4 GHz, et il cesse avec l’appareil.

Les téléphones sans fil domestiques vendus en Europe travaillent dans la bande 1880-1900 MHz. Ils ne partagent aucune fréquence avec le Wi-Fi et ne le brouillent pas, contrairement à ce qui se lit souvent. En revanche, les écoute-bébés analogiques, les transmetteurs vidéo sans fil et certaines caméras à bas coût émettent bien dans les 2,4 GHz, en continu et sans mécanisme d’évitement. Le Bluetooth partage la bande mais pratique le saut de fréquence adaptatif, qui contourne les canaux occupés : son impact reste modeste. Les câbles USB 3 mal blindés rayonnent, eux, un bruit large bande autour de 2,4 GHz.

En immeuble, la première source de perturbation reste les réseaux voisins. Sur 2,4 GHz, seuls trois canaux ne se recouvrent pas dans le plan classique : 1, 6 et 11 (la réglementation européenne autorisant le canal 13, un plan à quatre canaux reste possible). Élargir un canal 2,4 GHz à 40 MHz revient à occuper la moitié de la bande et se retourne presque toujours contre l’utilisateur.

Mesurer plutôt que deviner

Une application d’analyse Wi-Fi affiche la puissance reçue en dBm, le canal et la largeur de canal de chaque réseau détecté. Certains systèmes mobiles n’exposent plus cette valeur aux applications tierces ; un ordinateur portable et son utilitaire de diagnostic sans fil font alors le même travail.

  • Relever la référence à un mètre de la box : c’est le plafond, généralement entre -30 et -40 dBm.
  • Parcourir le logement pièce par pièce, à hauteur de poitrine, appareil immobile vingt à trente secondes. Le relevé fluctue de 3 à 5 dB en permanence : retenir une moyenne, pas un pic.
  • Mesurer les deux bandes séparément. Si la box diffuse un nom de réseau unique, se repérer au canal affiché : au-dessus de 5000 MHz, c’est la bande 5 GHz.
  • Identifier, en allant de la box vers la zone morte, le dernier point où le relevé reste au-dessus de -65 dBm. C’est là que se place le répéteur, si une prise est disponible.
  • Compter les obstacles qui séparent encore ce point de la zone à couvrir, et leur coût en dB.
  • Installer, puis contrôler par un test de débit réel dans la zone cible, en étant bien connecté au répéteur. Le nombre de barres n’est pas une mesure.
  • Refaire un relevé en soirée : l’occupation des canaux par le voisinage varie selon l’heure.

Un déplacement de deux mètres change souvent le résultat de 6 à 10 dB. Tester trois prises vaut mieux que tout raisonnement sur plan.

Téléphone posé à plat sur une tablette en bois clair dans un couloir, écran allumé
Le corps humain absorbe quelques décibels : un appareil posé sur un meuble donne un relevé plus stable que tenu en main.

Quand aucun emplacement ne conviendra

Certaines configurations ne se traitent pas par voie radio. Une dalle de béton armé entre deux étages coûte 25 à 30 dB à 2,4 GHz et davantage à 5 GHz : quel que soit l’emplacement retenu, la liaison verticale restera médiocre.

Trois voies existent alors. Un câble Ethernet tiré jusqu’au point à couvrir, relié à un point d’accès, reste la liaison la plus stable. Un boîtier courant porteur au standard HomePlug AV2 fait circuler les données par le réseau électrique : correct sur un circuit récent et court, dégradé d’une phase à l’autre du tableau, souvent nul derrière une multiprise filtrée. Un système maillé dont une radio est réservée à la liaison entre les bornes limite la perte de débit propre au répéteur, mais reste soumis aux mêmes murs.

Le terminal qui reste accroché à la box

Un dernier mécanisme explique une bonne part des répéteurs jugés inutiles : la décision de changer de borne appartient au terminal, pas au réseau. Un téléphone associé à la box conserve fréquemment cette association jusque vers -80 dBm, même si le répéteur se trouve à trois mètres et se présente à -45 dBm. Le symptôme est caractéristique : la couverture est bonne sur le papier, le débit reste mauvais.

Pour le vérifier, comparez l’identifiant de la borne à laquelle le terminal est associé (le BSSID, propre à chaque point d’accès) avec celui du répéteur. Deux gestes aident pendant le réglage : couper puis rallumer le Wi-Fi du terminal une fois entré dans la zone du répéteur, et donner temporairement à ce dernier un nom de réseau distinct. Le comportement devient lisible, l’emplacement se valide sur des chiffres, et le nom unique est rétabli ensuite.

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