Trois familles d’équipements visent le même résultat : faire arriver le réseau là où la box n’atteint plus. Elles ne butent pas sur les mêmes contraintes physiques, et le choix se déduit du bâti et de l’installation électrique bien plus que d’une fiche produit. Voici les chiffres qui comptent et la manière de trancher.
Ce qui dégrade un signal Wi-Fi dans un logement
Un point d’accès domestique émet peu, et la réglementation ne laisse aucune marge. En France, la bande 2,4 GHz est plafonnée à 100 mW de puissance isotrope rayonnée équivalente, et les canaux bas de la bande 5 GHz (5150 à 5350 MHz) à 200 mW en usage intérieur. Aucun appareil vendu au public ne dépasse ces valeurs : le mot « amplificateur » est trompeur, puisque le boîtier réémet à la même puissance réglementaire et n’ajoute rien au débit de la ligne d’accès.
La réception se mesure en dBm, sur une échelle négative où l’on cherche à rester près de zéro. Autour de -50 dBm, la liaison est confortable. À -67 dBm, la visioconférence et la vidéo en continu passent encore. À -70 dBm, la navigation tient mais les débits chutent. Sous -80 dBm, plus rien n’est fiable. L’échelle est logarithmique : perdre 3 dB divise par deux la puissance reçue, perdre 10 dB la divise par dix.
Ce sont les matériaux qui consomment ces décibels. Une cloison en plaque de plâtre coûte 3 à 5 dB. Un mur en brique, 6 à 8 dB. Un mur ou une dalle en béton armé, 15 à 25 dB à 2,4 GHz, et davantage à 5 GHz, car les fréquences hautes traversent moins bien. Le métal n’atténue pas, il réfléchit : ossature de cloison, plancher chauffant, isolant à parement aluminium. Un seul plancher en béton armé pèse plus lourd que quatre cloisons légères, d’où l’inutilité d’une portée annoncée en mètres.
Relever la situation avant de choisir
Un relevé pièce par pièce, avec une application qui affiche le niveau en dBm et un test de débit, sépare deux problèmes distincts. Un signal à -78 dBm dans la chambre du fond est un problème de couverture : il faut rapprocher un émetteur. Un signal à -55 dBm associé à un débit médiocre relève du canal, de sa largeur ou de la ligne, et aucun des trois équipements décrits plus bas ne corrige ce cas.

Le répéteur, de la couverture payée en débit
Un répéteur mono-radio reçoit une trame puis la retransmet, sur la même radio et le même canal. Or une radio Wi-Fi fonctionne en alternat : elle émet ou elle écoute, jamais les deux au même instant. Le temps d’antenne se partage entre la liaison vers la box et celle vers les appareils, et le débit disponible derrière le répéteur tombe autour de la moitié de ce qu’il reçoit. Cette division s’applique à un signal déjà affaibli : si le répéteur capte de quoi faire 100 Mbps, un ordinateur portable posé à côté de lui dépassera rarement 50 Mbps.
Les modèles bi-bande ou tri-bande qui réservent une bande au lien montant échappent en grande partie à ce partage. La mention à chercher sur la fiche technique est celle d’une bande dédiée à la liaison entre équipements, souvent appelée backhaul.
Le placement compte autant que le modèle. Un répéteur installé au cœur de la zone morte rediffuse un signal déjà dégradé et ajoute de la latence. La position utile se situe à mi-chemin, là où le niveau reçu reste au-dessus de -65 dBm environ. Reste l’itinérance : beaucoup de répéteurs créent un second réseau au nom distinct, et les appareils s’y accrochent tard, parfois jamais. On se retrouve avec un téléphone à -80 dBm sur la box alors qu’un répéteur émet à trois mètres.
Le CPL, le réseau électrique comme support
Le CPL injecte un signal haute fréquence sur le câblage électrique en place. HomePlug AV2 occupe la plage 1,8 à 86 MHz, G.hn 2 à 100 MHz en transmission simple et 2 à 50 MHz en MIMO. Ces fréquences se superposent aux ondes courtes, raison pour laquelle la norme européenne EN 50561-1 impose des encoches d’atténuation dans les bandes attribuées aux radioamateurs.
Les chiffres imprimés sur les emballages sont des débits physiques théoriques. Le « 1000 Mbps » d’un adaptateur AV2 provient d’un calcul de porteuses : 3455 porteuses, 12 bits chacune, sur un symbole de 40,96 microsecondes, soit environ 1012 Mbps. Les mentions à 2000 Mbps ajoutent un facteur lié au MIMO. Le débit applicatif réel se situe couramment entre 40 et 65 % de l’annonce sur un trajet favorable, et descend bien plus bas dès que le signal traverse le tableau : des relevés à quelques dizaines de Mbps avec un kit annoncé à 1200 Mbps sont banals. Le port Ethernet gigabit du boîtier plafonne de toute façon autour de 940 Mbps utiles.
Ce qui décide n’est pas la distance, mais le trajet électrique entre les deux prises.
- Deux prises sur des phases différentes, cas courant en triphasé : la liaison est quasi nulle, les adaptateurs devant se trouver sur la même phase.
- Un interrupteur ou un disjoncteur différentiel sur le trajet : ses bobines, calculées pour le 50 Hz, ignorent les hautes fréquences. Selon le modèle, l’effet équivaut à ajouter de 1 à 200 mètres de câble, un type AC pénalisant davantage qu’un type A. Un disjoncteur divisionnaire ordinaire ne coûte que l’équivalent de 1 à 5 mètres.
- Une multiprise filtrée ou parafoudre absorbe le signal. Chaque adaptateur se branche directement sur une prise murale.
- Le bruit conduit par les alimentations à découpage bon marché, les variateurs d’éclairage LED ou certains onduleurs dégrade le rapport signal sur bruit de toute l’installation.
- L’absence de conducteur de terre sur des prises anciennes empêche le MIMO, qui exploite le troisième conducteur.
Le CPL ne se prévoit donc pas sur plan, il se teste aux emplacements réels. En contrepartie, quand il passe, il passe bien : latence stable, aucun partage du canal radio avec le voisinage, et un plancher en béton armé ne le gêne pas puisque le signal emprunte le câble. C’est la seule des trois approches qui contourne le bâti au lieu de le subir.

Le réseau maillé, plusieurs points d’accès coordonnés
Un système maillé remplace le point d’accès unique par deux ou trois émetteurs qui diffusent le même nom de réseau, le même chiffrement (WPA3 sur les modèles récents) et obéissent à un contrôleur commun. La différence avec un répéteur tient dans cette coordination : les nœuds choisissent leur canal ensemble et peuvent pousser un téléphone vers le nœud le mieux placé. La certification Wi-Fi CERTIFIED EasyMesh de la Wi-Fi Alliance normalise ces échanges et autorise le mélange de matériels d’origines différentes, ce que les systèmes propriétaires ne permettent pas.
La question du lien entre les nœuds se pose comme pour le répéteur : s’il partage la bande utilisée par les appareils, la division du débit revient. Trois montages l’évitent, une bande réservée au lien sur les modèles tri-bande, l’agrégation de bandes simultanées du fonctionnement multi-liens en Wi-Fi 7, ou un câble Ethernet entre les nœuds.
On compte 5 à 15 mètres entre deux nœuds en espace dégagé, environ la moitié dès que des murs porteurs s’intercalent. Un nœud couvre grossièrement 100 à 180 m² en construction légère, sensiblement moins en béton. Deux ou trois nœuds suffisent dans la grande majorité des logements ; au-delà, les sauts se mettent en cascade et chacun prélève du débit.
Le coût constitue le point faible. Un ensemble de deux ou trois nœuds représente plusieurs fois la dépense d’un répéteur simple, et il fait double emploi avec la fonction Wi-Fi de la box, qu’il faut alors désactiver. Sur une ligne dont le débit descendant plafonne à quelques dizaines de Mbps, cette dépense achète de la couverture et de la stabilité, pas de la vitesse.
Comparer les trois sur les mêmes critères
| Critère | Répéteur | CPL | Réseau maillé |
|---|---|---|---|
| Support du lien | Radio partagée avec les clients | Câblage électrique | Radio dédiée ou Ethernet |
| Perte sur le lien | Environ 50 % en mono-radio | 10 à 65 % du débit annoncé | Faible avec bande dédiée ou câble |
| Facteur limitant | Niveau reçu au point d’installation | Différentiels, phases, bruit conduit | Distance entre nœuds et bâti |
| Itinérance | Souvent absente | Selon le boîtier Wi-Fi raccordé | Gérée par le contrôleur |
| Étages en béton | Mal supporté | Indifférent au béton | Un nœud par niveau |
| Coût relatif | Le plus bas | Intermédiaire | Le plus élevé |
Décider selon la configuration du logement
Appartement avec une seule zone faible
Un répéteur bi-bande placé à mi-chemin règle la plupart de ces situations, après vérification du niveau reçu à l’emplacement envisagé. Si la pièce n’est séparée que par un mur porteur et dispose d’une prise sur le même circuit que la box, un boîtier CPL avec point d’accès intégré donne un résultat plus stable pour une dépense voisine.
Maison sur deux ou trois niveaux
Le maillage prend son sens dès qu’il faut couvrir plusieurs planchers : un nœud par niveau, près de la cage d’escalier ou de la trémie, sans les superposer à l’aplomb d’une dalle armée. Quand une gaine existe entre le rez-de-chaussée et l’étage, un câble Ethernet entre les deux nœuds change le résultat.
Installation électrique ancienne ou tableau très chargé
Le CPL devient un pari : plusieurs rangées de différentiels, une alimentation triphasée, des circuits refaits par morceaux, autant de causes d’atténuation qui se cumulent. Rien n’interdit de tester, mais mieux vaut ne pas bâtir le projet dessus.
Béton armé, murs épais, immeuble ancien à refends
La radio perd ici 15 à 25 dB par obstacle, ce qui limite l’intérêt d’ajouter des émetteurs sans lien filaire entre eux. Le CPL trouve sa place s’il traverse le tableau proprement ; le maillage suppose un lien Ethernet entre les nœuds.
Grand logement de plain-pied en construction légère
Le maillage sans fil fonctionne ici dans de bonnes conditions, les nœuds pouvant s’espacer de 10 à 15 mètres. Deux nœuds couvrent souvent 150 m², le second placé entre la box et la zone éloignée plutôt qu’à l’extrémité du logement.

Les réglages à tester avant d’acheter quoi que ce soit
Quelques vérifications modifient parfois le diagnostic au point de rendre l’achat inutile.
- Mesurer d’abord le débit en filaire sur la box. Si la ligne plafonne à 40 Mbps, aucun équipement radio ne produira davantage.
- Déplacer la box : en hauteur, dégagée, à peu près centrée. Un boîtier posé au sol ou enfermé dans un meuble perd plusieurs décibels.
- Vérifier le canal en 2,4 GHz. Sur des canaux de 20 MHz, seuls 1, 6 et 11 ne se recouvrent pas ; en Europe, où treize canaux sont ouverts, 1, 5, 9 et 13 sont parfois employés au prix d’un recouvrement résiduel. Se placer sur le canal le moins occupé du voisinage vaut souvent mieux qu’un équipement de plus.
- Regarder la largeur de canal en 5 GHz. Un canal de 80 MHz offre environ le double du débit théorique d’un canal de 40 MHz, mais réduit la portée utile et augmente le risque de collision. En immeuble dense, 40 MHz donne parfois un meilleur résultat mesuré.
- Chercher une gaine existante entre deux pièces. Un câble de catégorie 5e transporte un gigabit sur 100 mètres et supprime la question du support pour les trois approches.
